Chaire Jean Monnet CivEUr CIVITATES ET VRBES EUROPÆ : (Cités et villes de l’Europe) : histoire, protection et projet urbain de la ville européenne
Abstract
Ciuitates
et urbes Europæ (Cities and Towns of Europe). History, protection and the urban
project of the European city): CivEUr Chair project aims to highlight the
lessons and research already in place in the various components of the
University Paris Nanterre, in order to deepen the field of European studies
around the history of the European city. The past: genesis, training and urban
environment; the present: European legal and normative framework, as well as
scientific heritage protection practices such as urban archaeology; and the
future, the urban project, development, urban planning and regeneration, local
development, and the trades that derive from it. The gradual specialization of
disciplines from the 1970s has diverge the conceptions of the scholars who
treat the contemporary city and the historic city. The project aims to be a
teaching experiment and a gathering of disciplines around the city. The renewal
of the methods without separating the analysis and the practice, the knowledge
and the application, the faceto-face training and the initial training, or the
distance learning with diffusion of podcasts and documents on the website, want
to favour in the long term a perpetuation of an Academic Training. This phase
will make it possible to specify the outline of the training and the
professional sectors interested in the creation of a new diploma where the
European city will be at the centre of formal background on the knowledge and
the professionalization of the scientific practices of the urban project.
CivEUr wants to be a discussion forum that federates and integrates colleagues
working on the city within the University Paris Nanterre and open this forum to
other colleagues from European universities through the taveling seminar
"Europe of Cities" and the international symposiums.
Etat de
l’Art et objectifs
La « ville globale » est en
grande partie une ville européenne. « Les villes de l'Europe sont nées avec
l'Europe et, dans un certain sens, en ont accouché » d’après L. Benevolo, et
c’est le modèle de ville européenne qui s’est imposé au monde par la
colonisation avec des caractéristiques communes qui autorisent une « forme de
l’urbain partagée en Europe » (H. Galinié).
Face aux revendications
identitaires nationales, la recherche sur la configuration historique
identitaire européenne peut aider à l’intégration européenne : en plus de
l’Europe des régions il y a une place pour l’Europe des villes. En fin de
compte, ce n’est pas la première configuration supranationale qu'a connu
l’Europe. L’Empire romain était déjà un réseau de cités autonomes mais pas
indépendantes, sans intermédiaires entre l’Urbs, Rome, et toutes les autres
cités.
Dans sa configuration
actuelle, la ville européenne naît au Moyen Âge, mais prend racine dans la
première expansion globale qu’a connue l'Europe : la romanisation. Le modèle de
la polis et la ciuitas est
le premier modèle urbain qui touche le territoire de l'ancienne Europe
consolidé par l'intégration de populations hétérogènes dans une citoyenneté
commune, celle du droit romain de cité et le catalyseur d’une identité
partagée. La fin de la civilisation romaine, fait évoluer vers d’autres
systèmes et cultures urbaines : la ville chrétienne ; l’Islam d’al-Andalus
et de la Sicile ; Constantinople puis l’Empire ottoman. Mais la genèse de la
ville européenne se situe entre les XIe et XIIIe siècles, la ville connaît son
élan définitif. Les villes sont des fabriques de citoyens, de marchands et de
la « société de la connaissance ». En effet, les universités naissent avec et
dans les villes, comme espace de liberté et lieu privilégié du travail
intellectuel « qui se doit d'être exercé en ville », d’après C. Hottin.
Ce cadre urbain, est à
l’origine d’une « bonne partie du patrimoine culturel mondial »
[Résolution 98 (2000) sur les villes historiques en Europe]. La protection et
la mise en valeur de ce patrimoine urbain est aujourd’hui un moteur pour
renforcer l’identité locale, tout en étant le catalyseur d’une identité européenne
et d'une cohésion sociale multiculturelle. De plus, la nouvelle économie « du
savoir » peut générer une économie durable dans les villes historiques (R98, §
27) avec la gestion des ressources historiques et patrimoniales, dans un cadre
d’exploitation touristique. Aujourd’hui, il existe toute une série de métiers
de la recherche de la connaissance de ce patrimoine commun, de sa protection et
de sa mise en valeur, qui sont à l’origine d’une bonne partie des emplois qui
accueillent les étudiants européens des sciences historiques et archéologiques
: historiens, historiens de l’art, archéologues, architectes, urbanistes ; de
la protection : archives, musées, archéologie préventive ; et de la mise en
valeur : médiation, guidage, développement local, aménagement urbain.
Depuis l’époque de la
production des grandes écoles de pensée et des études historiques sur la ville,
la progressive spécialisation des disciplines à partir des années 70 a fait
diverger les conceptions des spécialistes qui traitent la ville contemporaine
et la ville historique. La seule exception, française d’ailleurs, était le
Centre Nationale d’Archéologie Urbaine (CNAU) de Tours qui a définitivement
disparu depuis 2016. Il n’y a plus d’interaction entre les disciplines
traditionnelles qui s’occupent de la ville : Archéologie, Histoire, Géographie,
Urbanisme, Aménagement, Architecture, Sociologie... Mais la forme urbaine
actuelle n’est pas seulement l’émergence d’éléments en interaction et
complexité structurelle à un moment donné, elle est également porteuse de sens
pour ses usagers, sens culturellement, socialement et historiquement connoté,
participant à la complexité de la ville en tant que système social. L’Histoire
urbaine et l’approche culturelle peuvent ainsi devenir une nouvelle perspective
pour la complexité structurelle de la ville.
Il est temps de rompre avec
cette tendance historiographique globale, d’une part, et académique, et locale,
de l’autre. Les résultats de 30 ans de fouilles archéologiques urbaines dans le
cadre de la Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique (La Valette, 1992) montrent un cumul de données extraordinaire sur la
genèse et la fabrique urbaine. L’étude de la ville historique et le patrimoine
urbain configurent des archives du sol et des solutions pratiques
pluriséculaires de ce qui a fait ses preuves dans la configuration de la ville
moderne.
Le projet de Chaire Jean
Monnet Civitates et Urbes Europæ :
(CivEUr) veut mettre en valeur les enseignements déjà en place dans les
différentes composantes de l’Université Paris Nanterre (UPN), afin
d’approfondir les études autour de l’histoire de la ville européenne. Le passé
: genèse, formation et environnement urbains ; le présent : cadre légal et
normatif européen, ainsi que pratiques scientifiques de protection patrimoniale
comme l’archéologie urbaine ; et le futur : le projet urbain, la mise en
valeur, l’aménagement et régénération urbaines, le développement local, et les
métiers qui en dérivent.
Le projet a vocation à être un
ensemble d’enseignements qui lie des disciplines rarement étudiées ensemble. Le
renouvellement des méthodes, sans séparer l’analyse et la pratique, la
connaissance et l’application, la formation présentielle et la formation
initiale, ou la formation à distance avec diffusion de podcasts et documents
sur le site crée ad hoc, veulent favoriser à terme une pérennisation de la
formation. Cette phase permettra de préciser les contours de la formation et
les secteurs professionnels intéressés à la création d’un séminaire permanent
sur la ville européenne au cœur de la connaissance et sur la
professionnalisation des pratiques scientifiques du projet urbain.
CivEUr veut être un forum de
discussion qui fédère et intègre les collègues travaillant sur la ville au sein
de l’UPN et ouvre ce forum à d’autres collègues des universités européennes par
le biais des séminaires de recherche et des colloques internationaux qui en
dérivent. L'ouverture doit se faire aussi vers les métiers et les acteurs
sociaux du projet urbain à travers la collaboration sous forme de formation
continue et de débat ouvert. L’impact s’effectuera à tous les niveaux
géographiques (local, régional et international) mais aussi à tous les niveaux
sociologiques des citoyens européens (chercheurs, professionnels, décideurs,
acteurs et usagers de la ville…). De ce point de vue, CivEUr apparaîtra comme
un référent national et européen de la recherche sur la ville avec, comme but
ultime, la configuration d'un réseau européen et d’un projet qui tentera de
répondre au rôle joué par le patrimoine culturel dans « la création et le
renforcement de la valeur sociale, avec la capacité d'inspirer et de promouvoir
la participation des citoyens à la vie publique, d'améliorer le bien-être des
individus et des communautés » mis en évidence par le World Cities Report 2020 - The value of Sustainable Urbanization, du United Nations Human Settlements Programme : www.unhabitat.org.
On voit ici que la Chaire répond à deux objectifs généraux des activités Jean Monnet « enseignement et recherche », à savoir l’amélioration de la qualité de la formation des enseignants sur les sujets relatifs à l’Europe et la promotion de l’excellence dans l’enseignement et la recherche en ce qui concerne les études européennes.